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LA LIBRE IMMO : L’effervescence se poursuit dans les agences immobilières.

18/06/2020 - Actualités

LA LIBRE IMMO : L’effervescence se poursuit dans les agences immobilières.

Rouvertes depuis un mois tout juste, les agences immobilières tournent à plein régime dans les trois Régions.

Obligées de fermer leurs portes le 18 mars, les agences immobilières du pays ont tourné au ralenti, voire pas du tout jusqu’au 11 mai dernier. Après un effet de rattrapage les deux premières semaines du déconfinement, la frénésie immobilière a gagné toute la Belgique. Les nouveaux mandats et les visites de biens se multiplient.

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“C’est comme si on avait fermé la porte du marché pour ensuite la rouvrir en grand”, schématise Éric Verlinden, CEO du groupe Trevi. “Le marché s’est très vite remis en action et avec une belle homogénéité. Contrairement à plusieurs prévisions, les prix ne se sont pas écroulés.”

“Cette réponse immédiate et ce dynamisme sont à la fois extraordinaires et logiques”, estime Johan Krijgsman, CEO d’Era Belgique. “Après avoir eu des mois de réflexion, les candidats acquéreurs sont prêts et pressés de passer à l’action.” Chez Century21, 160
agences ont vu leurs voyants passer au vert.
“Nous sommes très contents de cette reprise”, partage Kim Ruysen, directeur opérationnel du réseau.
“Il ne s’agit pas seulement de dossiers en cours qui reprennent mais bien de nouvelles demandes. Nous avons énormément de visites, plus qu’avant le confinement. Certaines agences sont déjà bookées pour plusieurs semaines, en particulier en Ardenne et à la Côte belge. On constate que les clients se décident plus vite. Ils savent qu’il y a de nombreux acheteurs potentiels et négocient moins le prix. Les biens partent parfois au deuxième visiteur.”

Chez Federia, l’enthousiasme est également de mise. “Il y a un vrai boom au sein de nos membres.
Le volume de ventes est incroyable”, note Caroline Lejeune, présidente de la Fédération des agents immobiliers francophones de Belgique. “Il y a beaucoup de visites à Bruxelles, Namur ou Liège. Au niveau de l’immobilier de bureaux, de nombreux locataires envisagent une réduction de leur bail et de leurs mètres carrés pris en occupation. Ils se préparent à davantage de télétravail à l’avenir. Quant au segment commercial, il reste au point mort.”
Les jardins ont la cote Si certains agents immobiliers ne voient pas d’effet Covid particulier sur les critères de recherche de biens, d’autres constatent un appétit accru pour les surfaces extérieures. Parfois traumatisés d’avoir dû vivre deux mois enfermés dans un appartement, les acquéreurs recherchent davantage d’espace. “Certains propriétaires qui avaient l’intention de vendre leur maison trois ou quatre façades hors de la ville choisissent de la garder un peu plus longtemps que prévu pour en profiter”, souligne Kim Ruysen. “D’autres tiennent compte du lockdown dans leur recherche. Ils veulent absolument une terrasse ou un jardin.”

“Dans mon agence, j’ai plus de demandes pour des maisons qu’avant la crise, même si les appartements avec terrasse restent prisés”, explique Caroline Lejeune, également directrice de l’agence immobilière liégeoise Liboy Lejeune. “L’effet de rattrapage actuel ne peut pas expliquer à lui seul la frénésie ambiante. Je pense que la frustration de ne rien avoir pu acheter pendant le confinement, ni faire des projets, participe à l’engouement général.”
La mobilité semble, par contre, moins au premier plan pour une catégorie d’acheteurs. “Elle a moins d’impact sur le processus décisionnel. Il y a eu moins de problèmes de mobilité ces dernières semaines. On valorise à nouveau les biens à la campagne, dans des zones moins desservies”, soutient Kim Reysen. “En retournant à une situation plus calme et avec plus de recul, il n’y aura sans doute pas de vrai changement de comportement chez les consommateurs en immobilier. On va revenir aux fondamentaux, à savoir la qualité des espaces, la clarté ou le retour vers l’urbain”, tempère Éric Verlinden.

Parmi les atouts convoités en ce moment et pour un certain temps, la possibilité de se créer un bureau à domicile, télétravail oblige. Et Caroline Lejeune d’affirmer que “certains acquéreurs souhaitent une pièce pour s’isoler, ce qu’ils n’ont pas toujours pu faire ces derniers mois.” “Cette importance du bureau va sûrement perdurer, d’autant plus que de nombreuses entreprises vont continuer à encourager le télétravail certains jours de la semaine”, abonde Johan Krijgsman.
Le soutien fort d’un réseau Le lockdown du secteur ayant été très rapide, de nombreuses agences ont rapidement eu des problèmes de liquidité. “L’écrasante majorité des Belges souhaite voir un bien avant de l’acheter. Les visites n’ont plus été possibles durant deux mois et la plupart des études notariales n’ont plus produit d’acte. Les petites agences ont vu leur cash-flow se tarir”, déclare Kim Ruysen. “À l’inverse, les grands réseaux ont l’avantage de bénéficier d’un capital confiance et d’une renommée souvent nationale qui les préparent mieux aux chocs.” Et Johan Krijgsman d’ajouter que, “la gestion des liquidités, les règles à implémenter ou l’organisation des équipes, le fait de faire partie d’un groupe, etc., permet de s’adapter plus rapidement aux changements”.

Mi-avril Federia publiait les résultats préoccupants d’un sondage mené auprès de 855 agents immobiliers francophones. D’après celui-ci, 85 % des courtiers estimaient ne pas pouvoir tenir financièrement plus de trois mois de confinement et 62 % des répondants déclaraient ne plus avoir signé de compromis entre le 18 mars et le 13 avril. Près de la moitié (49 %) des sondés ont également dû faire face à plusieurs rétractations de leurs clients.
“Une grande majorité des 4 500 agents en Belgique francophone évoluent dans des très petites entreprises (TPE). La plupart sont indépendants ou n’emploient qu’un ou deux employés”, rappelle Caroline Lejeune. “Sans possibilité de faire visiter les biens, ils n’ont eu aucun moyen de générer des revenus.
Étant commissionnés, ils ont besoin de vendre pour gagner leur vie. Pour les agences avec pignon sur rue, c’est plus facile. Les nouveaux courtiers ont plus de difficultés. Certains ne tiendront pas le coup, il faut s’y préparer.”

Attention au pouvoir d’achat. 
Après une année 2019 particulièrement réjouissante sur le plan immobilier (150 000 ventes ont été conclues), le nombre de transactions a connu un sérieux coup de frein durant les trois premiers mois de l’année. Ainsi, le Baromètre des notaires du 2 avril dernier révèle que leur volume a chuté de 7,9 % entre le 1er janvier et le 29 mars. L’impact du coronavirus a été immédiat sur l’activité. “On ne va sans doute pas rattraper les chiffres de 2019. Chez Trevi, on s’attend à une diminution des transactions de l’ordre de 10 à 15 % par rapport à l’an passé”, prévoit Eric Verlinden. “Cela dit, le plus important pour nous n’est pas le volume de transactions, mais bien le niveau de prix.” Et Kim Ruysen de poursuivre : “la hausse actuelle va sans doute se normaliser en été. Je m’attends ensuite à une nouvelle diminution en fin d’année”. Pour la présidente de Federia, la prudence doit rester de mise malgré les excellents résultats de ces dernières semaines. “On ne sait pas combien de temps la folie actuelle va durer. On ne connaît pas non plus l’impact du Covid-19 sur le secteur bancaire à long terme, ni si les banques se montreront plus strictes à l’avenir. En cas de crise économique, le pouvoir d’achat et donc la capacité d’emprunt risque d’être dégradé.” Comme l’explique Rim Ruysen, le contexte actuel pourrait favoriser les investisseurs au détriment des acquéreurs pour occupation propre. “Certains profils d’acheteurs, par exemple les jeunes couples dont la situation professionnelle est plus à risque, pourraient avoir plus de difficultés à emprunter. Fin août, le chômage Corona s’arrête. Ils seront sans doute plusieurs à perdre leur emploi. À l’inverse, dans une période de crise, l’immobilier est vu comme une valeur refuge pour les investisseurs.

Moins rentable que les placements boursiers, l’investissement un immobilier est perçu comme plus sûr, d’autant plus que le marché locatif est très dynamique en ce moment. S’il y a une deuxième vague du virus en automne, l’histoire sera sans doute différente”, conclut le directeur opérationnel de Century21.

Un article de Florence Thibaut.

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